La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est un engagement qui souffre jusqu’à maintenant du stéréotype des actions climatiques dans un objectif marketing. Notre méfiance du greenwashing (écoblanchiment) n’est jamais loin. De ce fait, nombreuses sont les entreprises — petites et grandes — qui ne se sentent pas concernées par ces actions jugées optionnelles. Pourtant, force est de constater que l’Union européenne renforce son attirail législatif pour contraindre les entreprises à s’engager durablement vers une économie circulaire. De même, la demande de la part des consommateurs ainsi que les coûts de production orientent nécessairement les acteurs économiques vers un business model davantage vertueux.
En 2023, peut-on encore faire l’impasse sur la RSE ? La durabilité ne devient-elle pas un critère primordial pour la pérennité des entreprises ?
RSE : de concept à législations contraignantes
L’objectif de cet article n’est pas de retracer l’évolution historique de la responsabilité sociétale des entreprises, mais de s’interroger sur son poids dans la gouvernance des entreprises.
Pour cela, il est important de comprendre comment la RSE a évolué dans la perception commune de notre société.
Peu le savent, mais le concept de la RSE a émergé dès les années 50. Le terme concept est bien approprié à cette époque. Il s’agissait avant tout de décrire un courant de pensée sur la responsabilité des entreprises vis-à-vis de l’environnement et de la société.
Cette prise de conscience s’est faite progressivement en France, sur plusieurs décennies. Au début de la RSE, les considérations étaient davantage portées sur le volet social. À cette époque, la RSE était peu perceptible avec les avancées sociales portées par les syndicats et le corps législatif.
C’est avec les enjeux climatiques que la RSE a su supplanter les dispositions législatives. De concept, la RSE devient un véritable engagement sur plusieurs volets.
Depuis quelques années, notamment depuis l’accord de Paris, la RSE est à l’origine de l’adoption de nouvelles lois contraignantes.
Les principales réglementations portent sur l’obligation de réduire ces émissions de gaz à effet de serre, sur la protection de l’environnement face à la pollution industrielle et sur la transparence concernant la portée des actions RSE (lutte contre le greenwashing).
CSRD : quels changements à prévoir ?
La CSRD va remplacer la NFRD dès 2024. Parmi les principaux changements à noter, cette nouvelle réglementation semble plus audacieuse avec :
- 5 fois plus d’entreprises concernées sur toute l’Europe ;
- le passage d’un reporting extra-financier à un reporting de durabilité exigeant plus de transparence et plus de détails ;
- la publication de reportings dans un format imposé, avec l’application d’une étiquette digitale pour une meilleure comparaison des reportings en ligne par les parties prenantes.
La CSRD n’impose pas en soi de nouvelles obligations aux entreprises. Cependant, elle oblige les entreprises — PME comme multinationales — à faire preuve d’une transparence sans pareil sur leur politique RSE.
De ce fait, cette transparence concernant les actions ou l’inaction RSE incite fortement les acteurs économiques à s’inscrire dans une démarche vertueuse.
Coûts de production : lorsque la transition écologique n’est plus une option
Le coût élevé ainsi que l’instabilité du prix de l’énergie ont grandement ébranlé les entreprises européennes. La guerre en Ukraine et plus récemment le conflit israélo-palestinien ne font qu’accentuer les limites de ce modèle reposant sur la production et l’importation d’énergies fossiles.
Ce fragile équilibre montre aujourd’hui ses limites. Les entreprises doivent donc adapter leur mode de production, afin de préserver la rentabilité de leur activité.
Cette nécessité de s’orienter vers des énergies renouvelables et disponibles localement touche tous les acteurs économiques. Une entreprise qui ne consomme pas forcément une importante quantité d’énergie peut néanmoins être impactée par le coût plus élevé des matières premières. En effet, c’est tout le circuit de production, allant des fournisseurs aux prestataires, qui est touché par cette nécessité de recalibrer les coûts de production.
Pour cela, la RSE offre de nombreux outils. La transition énergétique s’avère aujourd’hui être plus rentable que jamais, face à un modèle économique obsolète qui s’épuise.
Investissement à impact : les entreprises durables avantagées
Une entreprise — quel que soit son stade de développement — doit pouvoir compter sur des investisseurs pour continuer à évoluer.
Aujourd’hui,la RSE fait partie intégrante de l’appréciation des investisseurs face à un projet entrepreneurial. En effet, la raison d’investir est avant tout de profiter d’un retour sur investissement rapide. Or, les investisseurs ont pris conscience de la nécessité pour les entreprises d’être durables pour continuer à être viables. Les investissements dans les énergies renouvelables et les projets innovants écologiques n’ont jamais été aussi nombreux.
Ainsi, les entreprises souhaitant être soutenues par des investisseurs doivent intégrer cette nécessité d’intégrer la RSE dans leur projet. Les investisseurs cherchent aujourd’hui à placer leur épargne auprès d’entreprises à impact pour sécuriser leur investissement.
Quelle perception de l’entreprise par les parties prenantes ?
Afin d’intégrer progressivement et de manière durable la RSE, les pouvoirs publics misent sur des obligations portant sur la communication des actions RSE. Cette obligation de transparence incite — et contraint — les entreprises à agir concrètement pour mener une politique RSE ambitieuse.
En effet, une entreprise qui génère un important chiffre d’affaires et qui ne présente aucune stratégie RSE est perçue négativement par les parties prenantes. Une entreprise appréciée par sa cible de clients et ses partenaires commerciaux n’est plus uniquement une entité économique qui propose des services et produits de qualité, avec un chiffre d’affaires en constante évolution. Cette dernière doit également s’inscrire dans une démarche de préservation de l’environnement et des droits de ses salariés et collaborateurs.
Loin de satisfaire les quelques militants écologiques, les entreprises s’inscrivant dans la RSE préservent leur image afin de continuer à conquérir des parts de marché. Il s’agit aujourd’hui d’un attendu et non plus de la cerise sur le gâteau.
Bonus vidéo 📺 : comment communiquer à propos de la RSE en tant qu’entreprise et professionnels du droit ?
Entreprise durable : chiffre d’affaires en progression ?
La croissance économique n’est pas l’ennemi du développement durable. Il serait illusoire de séparer la recherche du profit de la RSE au sein d’une entreprise.
Pour être durable, une entreprise doit également constater les effets bénéfiques de la RSE sur ses comptes financiers.
En 2023, une entreprise vertueuse est-elle plus prolifique qu’une entreprise sans stratégie RSE ? La réponse est à nuancer selon le domaine d’activité et la gestion de l’entreprise. En règle générale, les dernières statistiques tendent à répondre par l’affirmative. Ce constat se comprend aisément : les consommateurs sont de plus en plus informés des enjeux de la RSE. De ce fait, ces derniers vont volontairement se tourner vers des produits ou des services plus durables.
Pour preuve, une étude réalisée en 2021 par le cabinet d’audit financier EY auprès de 14 000 consommateurs révèle les données suivantes :
- 61 % des consommateurs français prennent en compte des critères de développement durable lors de leurs achats ;
- 41 % des jeunes générations ont cessé d’acheter ou ont réduit leurs achats auprès de marques n’ayant pas une politique RSE à la hauteur de leur impact sur l’environnement et la société :
- 35 % des jeunes générations sont prêtes à payer plus cher un produit ou un service affichant un label éco-responsable.

Ces chiffres démontrent les préoccupations actuelles des consommateurs. L’omerta sur les urgences climatiques n’est plus d’actualité. Face à la multiplication des campagnes de sensibilisation et des catastrophes naturelles, les consommateurs souhaitent agir à leur échelle en privilégiant les entreprises vertueuses.
De même, l’engagement renforcé chez les jeunes consommateurs nous laisse entrevoir la demande de demain. Les entreprises qui ne prennent pas dès à présent le train en marche vers la RSE seront très prochainement déconsidérées par la majorité de leurs potentiels clients.
Bilan : les entreprises peuvent-elles encore faire l’impasse sur la RSE ?
La réponse à cette question semble couler de source. Les entreprises souhaitant continuer à se développer doivent intégrer la RSE dans leur business plan. Avec les nouvelles contraintes apportées par les réglementations européennes et françaises, cette nécessité de communiquer sur ses actions RSE touche la majorité des acteurs économiques.
Pour preuve, les entreprises présentant une image peu vertueuse sur le plan écologique et social sont les premières à communiquer sur leurs actions RSE. Total ou bien encore SheIn s’efforcent ainsi à communiquer sur leur démarche écologique et sociale, bien que ces communications soient dénoncées comme trompeuses par bon nombre de militants.
Quoi qu’il en soit, la durabilité est devenue pleinement un critère de la pérennité des entreprises. Le greenwashing appliqué par certains grands groupes ne procure qu’un court répit — dans le meilleur des cas — à ces acteurs économiques trompant la confiance de leurs parties prenantes. Comme le soulignent bon nombre de conseillers RSE, vaut mieux commencer petit et s’inscrire durablement dans la RSE, avec une communication efficace et régulière sur cette évolution.

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